LES  CHEMINS  DE  FER  DE  L'ÉTAT 

La ligne de chemin de fer de (Paris) Motteville à Saint-Valery-en-Caux


Du Tréport à l'embouchure de la Seine, la côte a été creusée par la mer dans une seule masse calcaire dont les aspects sont variés. la pierre est tantôt ciselée en fines aiguilles ou en caps couronnés de verdure. D'innombrables  stations balnéaires se sont créées dans les cassures de la falaise. Grâce au développement des moyens de locomotion (surtout le chemin de fer), les plages de la Manche ont attiré un public nombreux venant surtout de la région parisienne. Les plages normandes sont les plus rapprochées de la capitale. 

La distance à parcourir pour aller de Paris à Saint-Valery-en-Caux par Motteville est de 202 km et le temps de trajet en train est évalué à 5 h 12.


Les horaires en 1927 d'après le Chaix



La gare de Paris-Saint-Lazare

GARE DE
   PARIS-SAINT-LAZARE
(Seine)


Ce fut la première gare construite à Paris à l'emplacement de l'ancien parc Tivoli qui connut des fortunes diverses et fut très en vogue à la fin du 18ème siècle. Construite d'abord pour la ligne de Saint-Germain, elle va très vite desservir les grandes lignes de l'Ouest et notamment la ligne vers Rouen et Le Havre. C'est de cette gare que partira la célèbre Lison que Zola nous décrit comme un monstre alors qu'elle était bien loin des modèles gigantesques qui seront construits plus tard. Le peintre Claude Monet a peint cette gare à plusieurs reprises. La première gare fut construite en 1837 pour la ligne de Paris à Saint-Germain. Elle sera reconstruite en 1841, puis de 1842 à 1853 par l'architecte Alfred Armand. Elle reçoit des agrandissements en 1867 et en 1885. Elle est finalement restaurée en 1936. Elle a reçu divers aménagements, tels les verrières de la façade. 



                   LE  TRAIN  EXPRESS  DE  8 h 00  DU  MATIN

Il est 8 h en ce matin brumeux, le train express 171 quitte la gare Saint-Lazare emportant les familles vers les bains de mer en Normandie. C'est d'une importance capitale pour ce beau petit monde car les joies de la plage avec les jeux, ainsi que les bains pour les plus courageux sont à la mode en ce moment. Les bagages des belles dames et des enfants sont nombreux car tous ces passagers, assez fortunés, ont décidé de passer plusieurs jours à respirer les senteurs iodées de la Manche et à tenter la chance aux jeux de hasard des casinos.
 


La gare de Mantes-Gassicourt en Seine et Oise


Le train en ligne


La banlieue parisienne, d'un gris à faire pâlir, est vite absorbée puisque ce train est tirée par une puissante locomotive à vapeur de l'État. On longe les méandres de la Seine, artère fluviale importante pour les marchandises et les petits transports de voyageurs. Une épaisse fumée indique que le train est lancée à toute vitesse. A 8 h 54, c'est l'arrêt de Mantes-Gassicourt au p.k. 58. Quelques minutes (5 en moyenne)  vont permettre à quelques voyageurs de monter dans les wagons. Toutes les classes sont accessibles (wagons de 1, 2 et 3ème classes ainsi que le wagon-restaurant). Le train repart à toute vitesse, brûle les petites stations de Rosny-sur-Seine et de Bonnières et entre en gare de Vernon-Eure (p.k.80) à 9 h 24. On rejoint Rouen par Gaillon-Aubevoye, Saint-Pierre-du-Vauvray, Pont-de-l'Arche, et Oissel. Il est 10 h 39 quand le train express entre en gare de Rouen-RD. Les passagers parisiens se trouvent maintenant en Seine-Inférieure.


En gare de Vernon-Eure


La gare de Gaillon

De nombreuses gares existent dans cette ville. Sur la rive droite de la Seine : la gare Rive Droite située rue Verte est la station de la ligne Paris au Havre et embranchements vers Dieppe. C'est aussi le point de départ des trains Rouen, Mézidon, Le Mans et Angers. La gare du Nord (boulevard Gambetta) dessert la ligne d'Amiens. Sur la rive gauche (quai d'Elbeuf) se trouvent les points terminus de certains omnibus Paris-Rouen et de la ligne Rouen à Serquigny, Mézidon et Caen. La gare d'Orléans (place Carnot) dessert la ligne de Rouen à Chartres par Elbeuf-ville, Louviers et Dreux. 



La gare de Rouen-Rive Droite

GARE DE
ROUEN-RIVE-DROITE
(Seine-Inférieure)


Nous sommes en 1927 et Rouen, ville industrielle, possède un port dont l'importance n'a cessé de grandir pendant et depuis la Grande Guerre 14-18. C'est maintenant le deuxième port de France. C'est aussi une ville d'art et de tourisme admirablement située sur les deux rives de la Seine, dans une région où les excursions sont très nombreuses. A voir, les monuments comme la cathédrale Notre-Dame, les églises Saint-Maclou et Saint-Ouen, la Grosse Horloge, le palais de Justice ainsi que les vieilles demeures, les musées et la Place du Vieux Marché où Jeanne d'Arc fut brûlée le 30 mai 1431.


Avec la prolongation de la ligne vers Le Havre, le train va passer sur la rive droite au prix de travaux très importants. Un pont enjambant la Seine sera construit à la hauteur d'Eauplet, puis des tunnels seront percés sous les boulevards, la rampe Saint-Maur. La nature du terrain entraînera de nombreuses difficultés, notamment des éboulements. La première gare rive droite est alors construite selon les plans de l'architecte anglais Tite. C'est un bâtiment de style Tudor. Il faut noter la présence importante des Anglais, non seulement dans la construction des ouvrages d'art mais aussi dans la construction du matériel roulant avec les usines Allcard Buddicom à Sotteville-les-Rouen. La gare se trouvait un peu en retrait de celle que l'on connaît aujourd'hui. Une rampe permettait d'y accéder. Elle fut inaugurée le 20 mars 1847 à l'ouverture de la ligne Rouen-Le Havre. 

Cette gare jugée peu pratique par les usagers, fut remplacée par celle que l'on peut voir aujourd'hui. Elle a été inaugurée le 4 juillet 1928 par le président Doumergue ainsi que le rappelle une plaque apposée sur la façade. Elle sera modernisée dans les années 1970 et décorée de fresques du peintre Savary. 

La construction d'une nouvelle gare à l'emplacement de l'ancienne gare Saint-Sever a été évoquée et devrait voir le jour vers 2015. Cette gare remplacerait la gare actuelle de la rive droite.


La gare de Rouen Orléans

GARE  DE
ROUEN-ORLÉANS
(Seine-Inférieure)


Le train express arrivant de Paris à 10 h 30 ne passe pas par Rouen-Orléans. Il y a lieu quand-même de donner quelques renseignements sur cette gare. Michel Decarpentry, spécialiste de la question, nous rappelle que la ligne d'Orléans fut ouverte le 7 janvier 1883, dotant la ville d'une quatrième gare. Si le projet de prolonger la ligne du tortillard de Clères à Rouen avait vu le jour, la capitale normande aurait possédé cinq gares. C'est la Compagnie d'Orléans, créée en 1872 et absorbée par l'État en 1878, qui avait été à l'origine de cette réalisation. la gare de la ligne de Rouen à Orléans ne fut construite en dur qu'en 1894 et inaugurée en 1898. Elle était l'œuvre de l'architecte Juste Lisch. C'était un beau bâtiment tout en pierre. Elle se trouvait à proximité de la gare Saint-Sever et reliée à cette dernière par un viaduc métallique passant au-dessus des rues Lafayette et Saint-Sever. Elle se trouvait approximativement à l'emplacement de l'actuelle cité administrative face au pont Boeldieu. Elle fut détruite en totalité en 1944, lors de bombardements de la ville. Elle ne fut pas reconstruite.


La gare de Saint-Sever

GARE  DE
ROUEN-SAINT SEVER
(Seine-Inférieure)


Le 3 mai 1843, la ligne Paris-Rouen était inaugurée en présence du duc de Nemours et de l'archevêque de Rouen. ce fut un grand événement dans la capitale normande. Après un voyage qui dura près de quatre heures, le train arriva alors à la gare de Rouen/Saint-Sever située sur la rive gauche de la Seine, en face de l'île Lacroix. Cet emplacement évitait le franchissement du fleuve. La gare Saint-Sever sera détruite lors des bombardements de la ville en 1944 et ne sera pas reconstruite.



Les voies ferrées sillonnent la Seine-Inférieure dans tous les sens



Le viaduc de Barentin

BARENTIN-VIADUC
(Seine-Inférieure)


Il est 10 h 49 quand le lourd convoi s'ébranle de Rouen et amorce la côte vers le plateau du Pays de Caux par Maromme, Malaunay. La petite ville de Barentin est célèbre par son viaduc à 27 arches de 15 mètres d'ouverture (longueur 500 mètres, hauteur 33 mètres). C'est un ouvrage d'art remarquable par ses dimensions et surtout par son allure grandiose.

Le 10 janvier 1846, le viaduc est terminé et s'écroule. Les piles s'effondrent et se couchent les unes sur les autres. En octobre 1846, après sept mois de travail acharné de reconstruction, le pont est terminé. C'est seulement  le 28 mars 1847, qu'il est mis en service après de solides vérifications. Le viaduc de Mirville près de Bolbec, de la même époque, comporte 48 arches de 9,20 mètres d'ouverture.



La gare de Barentin

BARENTIN-EMBRANCHEMENT
(Seine-Inférieure)


Par Malaunay, le train gagne la gare de Barentin-embranchement en faisant un beau panache de fumée. Il est 11 h 09 quand le train arrive. quelques passagers vont l'emprunter pour faire un bout de chemin. L'arrêt sera de courte durée.



La gare de Motteville

MOTTEVILLE-EMBRANCHEMENT
(Seine-Inférieure)


Édifiée lors de la construction de la ligne de Rouen au Havre, elle a une structure différente des gares des lignes secondaires. la grande bâtisse que l'on voit sur la droite est l'incontournable hôtel des voyageurs que l'on trouve à proximité de ces gares et qui témoigne de l'importance du trafic qui pouvait se faire jusqu'à une date récente. A noter que sur la carte, on voit l'ancien passage à niveau avec barrières, coupant la route de Rouen à Saint-Valery-en-Caux. un pont enjambant la voie sera construit un peu plus loin pour supprimer ce franchissement dangereux, compte-tenu de l'accroissement du trafic.

 A 11 h 33, il arrive dans la petite gare de Motteville-Embranchement. De là plusieurs directions s'offrent à nous comme Motteville à Clères et Montérolier-Buchy, Le Havre et Saint-Valery. La joyeuse troupe est très heureuse d'entamer la dernière partie du parcours. Le chef de gare libère le train express à 11 h 58. 



La halte de Grémonville

GRÉMONVILLE-HALTE
(Seine-Inférieure)


Les mécaniciens de la 230 T sont inquiets mais attentifs à la dernière partie du trajet. Le profil de la ligne à voie unique ne permet pas de faire de grande vitesse sur ce parcours car les arrêts et les passages à niveau sont nombreux. La petite halte de Grémonville est desservie par le train à 12 h 11 et le paysage est vraiment de type cauchois, particulier dans son ensemble.



La gare de Doudeville autrefois

DOUDEVILLE
(Seine-Inférieure)


A 12 h 23, la gare de Doudeville, chef-lieu de canton vraiment rural, apparaît avec son passage à niveau et sa vie économique qui gravite dans ce quartier.


Cette gare a été construite à la mise en exploitation de la ligne Motteville à Saint-Valery en 1880. Elle a la structure des gares de cette époque sur les lignes secondaires. La brique domine dans sa construction. le premier étage sert de logement au chef de gare, alors que le rez-de-chaussée est réservé au public. cette ligne a été fermée au service des voyageurs le 5 septembre 1994.   


Quai de la gare de Doudeville


Instructions au passage à niveau



Locotracteur SNCF de nos jours

SAINT-VAAST-BOSVILLE
(Seine-Inférieure)


Panneaux pour trouver la gare


La gare de Saint-Vaast Bosville en l'état maintenant


Le train poursuit son chemin à travers la plaine cauchoise sous l'œil amusé des moutons et des vaches. Les cultures sont nombreuses et abondantes. Il est 12 h 46 quand il arrive à Saint-Vaast-Bosville, gare de croisement avec la ligne du Havre à Dieppe par Fécamp, Cany, Luneray, Offranville. Cette gare de bifurcation comportait trois quais.



La halte-passage à niveau d'Ocqueville

OCQUEVILLE
(Seine-Inférieure)



Panneau d'interdiction


Passage à niveau n°24


L'arrêt d'Ocqueville est passé à 12 h 56. Il s'agit d'une halte-passage à niveau, genre maisonnette de garde-barrière. Déjà, on s'active dans les couloirs des wagons car le terminus n'est plus loin. On rassemble les nombreux bagages et les enfants sont impatients. Les bains de mer vont bientôt devenir une réalité.


La halte de Néville côté Motteville

NÉVILLE-HALTE
(Seine-Inférieure)


Conseil pour les billets de train


Salle d'attente réservée aux voyageurs


Il est 13 h 02 quand apparaît la caquette halte, aux couleurs multicolores, de la commune de Néville. Déjà les premières senteurs maritimes parviennent aux narines des futurs privilégiés. Cette fois-ci, le but est proche et ce sera l'entrée triomphale dans la gare-terminus de Saint-Valery-en-Caux. Il est 13 h 12 exactement à l'horloge monumentale extérieure de la façade quand le lourd convoi s'immobilise le long du quai.  



L'ancienne gare

SAINT-VALERY-EN-CAUX
(Seine-Inférieure)


Dans la cour d'arrivée, les correspondances attendent les voyageurs pour les amener sur leurs lieux de villégiature qui peuvent être Saint-Valery même, Veules-les-Roses à 7,5 km ou Veulettes à 6 km. Les hôtels les plus confortables, les villas ou les pensions de famille avec eau courante, électricité, jardin et terrasse sont là pour satisfaire au confort des vacanciers. A Veulettes, le grand hôtel de la plage a été entièrement remis à neuf avec ses 100 chambres, son restaurant et son casino. La publicité de l'époque ne manque pas d'ajouter que c'est la plus jolie plage de ce littoral. Les autres le sont aussi.


La nouvelle gare fermée en 1994


La ville et le port au début du siècle


Les plages de
SAINT-VALERY EN CAUX
VEULES-LES-ROSES
VEULETTES

LES BAINS DE MER
LES EXCURSIONS


Le casino de Saint-Valery


La plage et les falaises


Le casino de Veules à la belle époque


La pêche à la crevette


La plage de Veulettes


Le grand hôtel de la plage de Veulettes


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